Dans sa trajectoire tribunitienne, citoyenne et résolument constructive, le Front des Démocrates Camerounais (FDC) n’a jamais cessé de placer la défense des intérêts vitaux de notre cher et beau pays au cœur de son engagement politique et civique. Cette exigence morale et patriotique structure notre action quotidienne et fonde notre présence dans le débat public national. Nous n’entendons nullement renoncer à cette mission, quelles que soient les embûches, les incompréhensions ou les adversités qui jalonnent la route de ceux qui osent interroger la gouvernance publique au nom de l’intérêt général.
Notre conviction est simple : une nation ne se construit durablement que lorsque ses citoyens, ses élites et ses institutions acceptent la culture de la responsabilité, de la transparence et de la redevabilité. C’est précisément dans cet esprit qu’en décembre 2025, j’ai pris le peuple camerounais à témoin en dénonçant avec force le résultat calamiteux du partenariat public-privé conclu pour l’automatisation de quatorze postes de péage routiers dans notre pays. Ce projet, attribué au groupement français composé des entreprises Fayat — à travers sa filiale Razel‑Bec — et Egis via Egis Projects, devait constituer une avancée majeure dans la modernisation de la collecte des recettes routières. L’objectif annoncé était clair : automatiser quatorze postes de péage sur certaines des principales routes nationales, avec une mise en service prévue pour septembre 2023. Mais la réalité observable aujourd’hui sur le terrain est tout autre. Au lieu d’infrastructures fonctionnelles contribuant à l’optimisation des recettes publiques et à la modernisation du réseau routier, les Camerounais découvrent, au fil de leurs déplacements, des ouvrages inachevés ou abandonnés, devenus de véritables éléphants blancs qui jalonnent nos routes. Ces installations silencieuses et inutilisées interrogent légitimement les responsabilités dans le processus décisionnel politique, administratif et technique qui a conduit à cet échec. Car il faut le dire avec lucidité : un tel fiasco n’aurait jamais dû se produire dans un environnement de gouvernance publique rigoureuse, transparente et pleinement redevable devant les citoyens.
Face à cette situation, le Front des Démocrates Camerounais avait envisagé d’organiser une série de manifestations publiques pacifiques et républicaines sur les sites de ces quatorze péages automatisés abandonnés. L’objectif n’était ni la provocation ni l’agitation politique, mais bien l’éveil citoyen et la pédagogie démocratique.
Nous souhaitions simplement permettre aux Camerounais de constater par eux-mêmes l’état de ces infrastructures financées en leur nom. La première étape de cette initiative devait se tenir sur le site de Nkometou, symbole parmi d’autres de ce projet inachevé. Hélas, cette démarche civique et républicaine s’est heurtée à la rigidité et à la frilosité de certaines autorités administratives locales. L’initiative n’a pas reçu l’accompagnement attendu. Nous en avons pris acte, avec le sens des responsabilités qui caractérise notre engagement. Mais qu’on ne s’y trompe pas : si certaines initiatives peuvent être empêchées, la vigilance citoyenne, elle, ne s’arrête jamais. Car le travail de veille sur la gouvernance publique ne connaît ni pause ni relâchement.
C’est dans cet esprit d’observation permanente de l’actualité nationale que nous avons découvert, à la fin du mois de novembre dernier, la conclusion d’un autre partenariat public-privé, cette fois entre l’Imprimerie Nationale du Cameroun et le groupe ivoirien Impact Palmarès, désormais doté d’une filiale opérationnelle au Cameroun. Ce partenariat porte sur la transformation digitale de l’Imprimerie Nationale, institution stratégique de souveraineté étatique, notamment chargée de la production de documents officiels sécurisés. Au-delà de la dimension technologique du projet, celui-ci s’accompagne également d’un programme de réhabilitation et de modernisation du plateau technique de production. Et le constat est saisissant. Tout citoyen qui franchit aujourd’hui les portes de l’Imprimerie Nationale ne peut manquer de remarquer les mutations rapides et visibles qui y sont à l’œuvre.
Les infrastructures évoluent. Les équipements sont modernisés. Les espaces de travail se transforment. Ce spectacle contraste fortement avec l’image que renvoyait cette institution encore récemment. Pendant de longues années, l’Imprimerie Nationale fut l’objet de moqueries, de sarcasmes et de commentaires désabusés, aussi bien au sein de l’administration publique que parmi les citoyens. Beaucoup y voyaient le symbole d’un outil stratégique abandonné, figé dans une lente dégradation institutionnelle et technologique. Une honte nationale silencieuse, pourrait-on dire, qui semblait ne déranger personne. Aujourd’hui, les choses semblent évoluer. Et lorsque des dynamiques positives émergent, il est du devoir de la responsabilité politique de les reconnaître et de les encourager.
C’est pourquoi nous tenons ici à saluer les engagements multi-acteurs qui contribuent à transformer notre pays. Nous appelons même à leur multiplication. Car le Cameroun possède tout le potentiel pour devenir un acteur majeur du développement en Afrique centrale. Ce qui lui manque parfois, ce ne sont ni les ressources ni les compétences, mais la capacité collective à organiser efficacement ces forces. L’exemple de ce partenariat sud-sud est particulièrement inspirant. Il démontre que des entreprises africaines peuvent unir leurs expertises, mobiliser des compétences locales, développer des ingénieries innovantes et produire des résultats concrets au service des États et des populations. L’Afrique n’est pas condamnée à dépendre éternellement des solutions extérieures. Elle peut produire ses propres réponses. Et parfois, ces réponses sont plus adaptées à nos réalités.
Notre analyse nous a conduits à examiner de plus près une autre collaboration entre l’État du Cameroun et ce groupe panafricain en pleine expansion. Il s’agit du partenariat public-privé conclu en 2022 pour la sécurisation et la modernisation des recettes consulaires du Cameroun à travers la plateforme numérique de visa électronique. Selon des informations concordantes, ce partenariat a été réajusté à la suite d’un avenant signé le 5 décembre dernier à Yaoundé entre le gouvernement camerounais et l’entreprise concernée. Les résultats parlent d’eux-mêmes. La plateforme d’e-visa du Cameroun a généré, selon des chiffres publics, 46,87 milliards de francs CFA de recettes entre janvier et septembre 2025. À titre de comparaison, la collecte avait atteint 29 milliards de francs CFA sur dix-huit mois, entre avril 2023 et octobre 2024. L’augmentation est significative. Elle illustre ce que peut produire une gouvernance fondée sur l’efficacité technologique, la traçabilité des recettes et la modernisation des services publics. Il est donc inutile de se perdre dans la recherche de statistiques anciennes. L’essentiel est ailleurs : les résultats sont là. Et ces résultats nous conduisent à une conclusion simple mais fondamentale. Oui, le Cameroun peut réussir. Oui, les partenariats public-privé peuvent fonctionner. Oui, la modernisation de l’action publique est possible. Mais à une condition essentielle : que les projets soient conçus avec rigueur, exécutés avec professionnalisme et évalués avec honnêteté. L’échec des péages automatisés et les résultats encourageants observés dans d’autres secteurs constituent deux faces d’une même réalité. Ils nous montrent ce qu’il ne faut plus faire.
Et ce qu’il est possible de réussir. La question n’est donc pas de savoir si nous pouvons y parvenir. La vraie question est celle de la volonté collective.
Car au fond, la transformation du Cameroun ne dépend pas uniquement des lois, des institutions ou des technologies.
Elle dépend avant tout de notre capacité à placer l’intérêt national au-dessus des intérêts particuliers. À aimer véritablement ce pays.
Et parfois, il faut avoir l’humilité de s’oublier soi-même pour servir la nation.
| Le Président National | |
| Denis Emilien ATANGANA |